L’enseignement/apprentissage du français en Algérie dans le prisme de la dimension multiculturelle de l’identité nationale : quels arguments pour les statut et rôle pour l’enseignement du français en Algérie ?

 

Aomar Abdelaoui

Université de Dijel 

 

 

« Vous avez dit langue étrangère, le français en Algérie ? ». C’est  dans cette interrogation que titre Yacine Derradji[1] un article dans lequel il aborde – statistiques confirmées à l’appui – le phénomène de la cohabitation « naturelle » de la langue française avec les autres langues parlées, dans différents secteurs de la vie quotidienne des algériens.

          L’histoire de cette cohabitation de la langue de Molière avec les langues en pratique en Algérie, remonte à bien des années. L’environnement sociolinguistique de l’Algérie est peint d’une couleur française, dès l’aube de la colonisation du pays en 1830. Depuis, c’est un véritable rapport de force qui s’installe entre « la langue de l’intrus » et « celle de la couche autochtone » – intronisée, des centaines d’années avant cela, par le mouvement des invasions arabes du nord de l’Afrique, en vertu d’une légitimité sacrée que lui confère le privilège d’être « la langue du Coran »,  livre sacré de la religion musulmane – en l’occurrence, la langue arabe.

L’Algérie d’aujourd’hui peut se targuer d’être un pays à forte diversité culturelle et linguistique. Dans un contexte de mondialisation grandissante où toutes les frontières entre les langues et les cultures, tendent à s’effacer, la diversité linguistique constitue pour tous les pays, un atout de taille devant les grands défis auxquels ils font face. La langue étant le canal le plus sûr pour véhiculer les valeurs culturelles et les savoirs, tous les pays du monde s’orientent vers l’encouragement de l’enseignement des langues étrangères. Les systèmes d’enseignement se mettent à « la mode du multilinguisme ». L’Algérie, à l’instar des autres pays du monde est invitée à se mettre sur les rails de la mondialisation et la diversité linguistique qu’elle affiche est un atout pour prendre part à cette mutation irréversible.

Il vient à l’esprit l’idée que l’étude de la situation sociolinguistique de l’Algérie, sous quelque aspect qui soit, peut s’avérer d’une grande importance si l’on se met à chercher ses particularités dans un champ réservé, clos, pour ne pas dire « interdit d’accès ». Ce champ comporte les lois qui ont – et elles continuent toujours de le faire – dessiné les tout premiers repères sociolinguistiques du pays et placé les fondements d’un processus qui a orienté celui-ci sur les rails d’une politique linguistique « allergique » à la diversité, « fermée » face à l’ouverture.

          Une ouverture qui s’est offerte d’elle-même à ce pays, à travers les grands axes de son Histoire[2], et qui abrite une situation de diversité linguistique que d’autres pays cherchent à « se fabriquer » en déboursant des sommes faramineuses pour encourager et consolider l’enseignement des langues étrangères. L’idée serait – avons-nous pensé – plus intéressante de nous attaquer à l’un des domaines « touché » par les recommandations de ces lois en question, et qui reste le lieu où cette cohabitation prend vie et se développe ; ce domaine est bien celui de l’enseignement. Notre intérêt a donc versé sur des discours ayant trait à la place et au rôle accordés à la langue française dans le système éducatif algérien.

Ce présent travail, imprégné de toute la modestie possible, peut se targuer de vouloir tenter une entreprise de recherche, à notre sens, assez délicate. Il s’apparente, en effet, à une double tentative d’analyse de textes rédigés pour conforter et argumenter les finalités et les objectifs attendus de l’apprentissage de la langue française dans le système éducatif algérien sous l’angle :

-         d’une analyse argumentative censée dégager la structure argumentative qui sous-tend ces textes à « visée argumentative »[3]</