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Pr.  BOUHADIBA Farouk

Université d’Oran

 

Nous voudrions proposer, dans le cadre de ce Colloque, des éléments de réflexion sur  le français en Algérie,  quels seraient les points positifs/ négatifs d’une nativisation par rapport à la « Norme »,  ainsi que sur l’aspect utilitaire / véhiculaire de cette langue en contexte algérien. Notre problématique sera centrée sur les convergences / divergences que sous-tend une cohabitation de langues d’apparentement génétique différent (Arabe / Français) favorisée par la proximité géographique et des liens historiques. De là, nous essayerons d’aborder la question des programmes FLE en Algérie, des contenus culturels par rapports aux contenus linguistiques, de la motivation de l’apprenant algérien en FLE et de l’apport de l’ingénierie  des langues pour le FLE en Algérie.

 

L’autre aspect de notre intervention portera sur l’approche dite par « compétences » et son impact sur les programmes, l’enseignement, et les stratégies d’apprentissage du français en Algérie.

            Je commencerai mon intervention en rappelant le titre d’une journée d’études organisée à Paris III sous la direction du Pr. F. GADET sur le thème : Les langues coloniales : des fissures dans la langue, Paris le 9 février 2001.

 

L’idée centrale de cette journée était de faire en quelque sorte l’état de l’art sur le français en Afrique, de voir son statut en tant que langue véhiculaire, langue vernaculaire, langue d’expression littéraire par rapport aux langues locales, etc. Et, bien sûr, d’essayer d’expliquer l’éloignement ou le rapprochement du français d’Afrique par rapport à la Norme ou Français de France.

C’est précisément sur l’idée de ‘fissures dans la langue’ que tout le débat a commencé. Est-ce que ce sont des fissures (or, qui dit fissures dit séparation, déchirures, éloignement par rapport à « l’épicentre », pour reprendre une expression de J Louis Calvet sur la glottophagie), ou bien est-ce le résultat tout à fait naturel de développement d’une langue qui se propage en dehors de ses frontières linguistiques initiales, de cas d’appropriation d’une langue autre que sa langue natale soit pour des raisons historiques, soit du fait de contact de langues (proximité géographique, échanges à tous les niveaux, etc.) et qui peut mener jusqu’à la nativization de la langue en question, le français dans ce cas précis.

 

La langue anglaise en est un exemple frappant. C’est en fait ce qui  s’est passé et qui se passe toujours pour l’anglais. Nous parlons aujourd’hui de World Englishes (Indian English, Australian English, Nigerian English,  SUSE, RP, etc.). (JC Wells, 1982) là où F. Chevillet parle des Variétés de l’anglais  (1991).

C’est peut-être chez Gabriel Manessy dans Le français en Afrique noire : mythes, stratégies, pratiques (1996) que l’on observe le plus cette idée du néo-natif d’une langue, faisant référence au français en Afrique sub-saharienne. C’est également chez C.Hagège dans l’Homme de paroles (1985) que l’on retrouve un rejet catégorique de l’insoutenable thèse de l’homogénéité d’une langue. C’est à dire, Langue-Etat  (soit le slogan une Langue, une Nation).

 

En ce qui concerne le français d’Afrique, nous observons des ouvertures dans la langue (ou Norme) d’où émergent des formes « anté-linguistiques, donc étrangères à la Norme. Celles-ci sont le résultat d’usages locaux de cette langue (dynamique langagière et éco-linguistique / éco structure) et elles aboutissent parfois au décalage sur le plan de l’expression et celui du contenu  (Expression plane / content plane de L. Hjelmslev) (différence d’orthographe entre un mot en français d’Afrique et celui en français /Norme – cf. Annexe 1, exemples tirés de la Trilogie de M. Dib, auteur-romancier Algérien d’expression française - ). Ces remaniements, remodelages, néologismes etc. que produisent les locuteurs sur des langues dites secondes ne peuvent s’opérer à titre collectif sur des langues dites étrangères qui sont elles apprises  en général en contexte scolaire.

 

 

 


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