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Dysfonctionnement des élevages dans les régions sahariennes

 

ADAMOU A.

Université de Ouargla

Département des Sciences Agronomiques

 

La production des protéines animales en Algérie peine à satisfaire la demande croissante de la part d’une population de plus en plus urbanisée ce qui engendre un déficit que l’on peut attribuer pour partie à une faible productivité du cheptel, à des systèmes de production très extensifs, des cultures fourragères peu développées et des races locales à faible potentialités bien que bien adaptées au milieu. Cette situation est encore plus marquée dans les régions sahariennes où le problème de distance, de capacité de stockage, d’accès au marché et de productivité pastorale fait que les produits animaux sont globalement moins disponibles et plus coûteux qu’ailleurs. Dans ce contexte, le soutien de l’agriculture oasienne et de l’élevage dans les régions désertiques devient une des priorités essentielles pour l’Etat soucieux de développement régional.

A l’instar des autres régions, les zones sahariennes ont vu du reste des sommes considérables déboursées dans des actions de relance de l’élevage à travers notamment l’achat d’animaux et l’aménagement des bâtiments. Malheureusement, cette expérience n’a pas apportée les fruits escomptés et les élevages ont vite connu un déclin voire la disparition de certaines espèces (aviculture). Les éléments à l’origine de cet échec peuvent être attribués à plusieurs causes : 

  • problèmes alimentaires :

- Eloignement des centres d’approvisionnement engendrant des frais de transport supplémentaires et un taux de mortalité plus élevé (poulet de chair).

les charges alimentaires ont été évaluées à 64.25% des charges totales chez les aviculteurs de la région de Ouargla.

- Le faible éventail des fourrages fait que le souci des éleveurs bovins n’est plus de soutirer une production mais de maintenir les vaches en vie.

  • problème d’adaptation (notamment chaleurs estivales) engendrant un arrêt

prématuré de la production et obligeant à renouveler le matériel biologique avant terme (cas de la poule pondeuse)

- Les bâtiments d’élevage n’offrent pas les conditions d’ambiance requises dans la mesure où aucun modèle de bâtiment répondant aux exigences de la spécificité du milieu n’a été proposé (étable, poulailler)

  • non maîtrise des techniques d’intensification des productions animales par l’agriculture familiale et les nouveaux venus dans l'agriculture saharienne, des entrepreneurs pour la plupart, n'ont pas conjugué savoir et savoir faire avec les sommes considérables d'argent qu'ils ont injecté dans un souci de développer les productions animales dans les régions sahariennes.

Globalement ces échecs peuvent être considérés comme des tentatives de développement de systèmes de production inadaptés aux conditions climatiques et écologiques locales.

Ces dysfonctionnements ont eu pour conséquence un déclin des effectifs (à titre d'exemple, la région de Ouargla a vu 70 aviculteurs abandonner leurs élevages en l'espace de 20 ans).

Même, les espèces indigènes ont peu fait l’objet d’attention en dépit de leur adaptabilité aux conditions locales. Le dromadaire en est le bon exemple.

Cet animal, appelé à juste titre le vaisseau du désert, est l'animal le mieux à même de produire dans un milieu caractérisé par des conditions de vie d’une rigueur excessive toute une gamme de biens (viande, lait, poil) et de services (bât, selle, course).

Mais malgré sa polyfonctionnalité, l'élevage camelin est resté longtemps marginalisé et souffre de nombreuses contraintes dont la principale reste l'alimentation avec la persistance de la sécheresse et le désengagement de l'Etat.

.                           Pour la réhabilitation et le développement des élevages dans les régions sahariennes, plusieurs mesures doivent être entreprises, nous en citerons les principales:

- La réorganisation du circuit d'approvisionnement en intrants par la réalisation d'investissement en amont.

- La diminution du coût de l'aliment par la valorisation des sous produits locaux notamment phoenicicoles où la culture du palmier dattier offre annuellement un tonnage appréciable de sous produits (plus de 67000 tonnes de rebuts de dattes, 500 tonnes de pédicelles et 13500 tonnes de palmes sèches pouvant être intégré dans l’alimentation des animaux (notamment bovins)

- La mise en place d'un programme de formation et de vulgarisation approprié.

- Le lancement de campagnes de sensibilisation pour l’organisation de la profession permettant le regroupement des éleveurs à des fins techniques et économiques.

- l'encouragement de la recherche sur des thématiques ayant trait aux spécificités des régions sahariennes telle l’élaboration de méthodes rationnelles d’élevage en milieu saharien.

L'Etat en accordant une priorité au développement industriel (secteur des hydrocarbures) dans les régions sahariennes a occulté quelque peu la dimension agricole de ces territoires, l'Etat doit donc s'impliquer:

            - dans sa politique d’appui aux investissements privés dans le secteur de la production animale (appui à la création de couvoirs, de mini-laiteries…)

            - dans l’aide directe aux éleveurs en cas de sécheresse par une alimentation complémentaire.

Pour la réussite de tout programme de relance, l'Etat doit associer à toute réflexion, les premiers concernés que sont les éleveurs car ils ont toujours raison de ce qu'ils font (en fonction de leurs objectifs et des contraintes du milieu).

 

Mots clés: élevage – régions sahariennes – contraintes – perspectives

 

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