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Sécurité juridique et incertitude scientifique: le cas du principe de précaution 

Soraya CHAIB, Maître de Conférences en Droit Public

Faculté de Droit et de Sciences Politiques

Université Djilali LIABES, Sidi Bel Abbès

 

 

Introduction

Le principe de précaution constitue l’une des évolutions juridiques récentes particulièrement stimulées par le droit international de l’environnement. Avec les risques écologiques, il est difficile d’appréhender les dommages qu’ils peuvent provoquer, tant sur le plan de leur localisation, du moment de leur survenance, de leur durée et de leur ampleur.

 

Ainsi, la précaution joue un rôle déterminant dans la gestion des problèmes environnementaux globaux. Les connaissances relatives aux effets nuisibles de certains polluants sont, en effet, loin d’être complètes et les mesures de protection ne peuvent être adoptées que dans un esprit de précaution.

 

Section I : La formulation du principe de précaution

 C’est dans les discours sur les régimes relatifs à l’environnement marin que le principe de précaution est apparu. La première formulation explicite du principe à un niveau international se trouve dans les décisions adoptées par les Etats réunis aux conférences interministérielles sur la protection de la mer du Nord. Ils ont déclaré qu’ils acceptaient que :

‘‘Dans le but de protéger la mer du Nord des effets potentiellement nocifs des substances les plus dangereuses, une approche empreinte de précaution était nécessaire, qui pouvait impliquer une action pour contrôler les apports de telles substances, y compris avant qu’un lien de causalité ait été établi selon une preuve scientifique limpide et absolue’’.

 

Ainsi, le lien qui existe entre les produits concernés et les dommages à l’environnement ne doit plus obligatoirement être démontré par une preuve scientifique car le potentiel de causalité entre les deux suffit. La protection était précédemment subordonnée à la démonstration scientifique rigoureuse d’un lien direct entre les produits incriminés et les dommages causés à l’environnement. Tant que la preuve de cette causalité n’était pas faite d’une manière claire (‘‘limpide’’) et sans contestation possible (‘‘absolue’’), les mesures de protection ne se justifiaient pas. Par l’avènement du principe de précaution, il y a présomption du lien de causalité qui implique la mise en œuvre de mesures de protection. C’est un changement radical pour la protection de l’environnement, longtemps subordonnée à des preuves scientifiques difficiles à obtenir dans un domaine aussi complexe et interactif.

D’autres textes relatifs au milieu marin ont repris ce principe (1).

 

Le principe déborda rapidement de ces domaines pour s’étendre à d’autres pans du droit international de l’environnement. Il fut ainsi successivement consacré comme un principe général de la politique de l’environnement : le 16 mai 1990 par la Commission économique des Nations Unies pour l’Europe à Bergen (2), le 25 mai 1989 par l’Exécutif du programme des Nations Unies pour l’environnement (3), en juillet 1990 par le Conseil des ministres de l’Organisation de l’unité africaine à Addis-Abeba (4), en octobre 1990 par la Conférence ministérielle sur l’environnement organisée par la Commission socio-économique des Nations Unies pour l’Asie et le Pacifique et enfin, en janvier 1991 par les ministres de l’environnement de l’O.C.D.E. (5).

Mais c’est lors du Sommet de la Terre, réuni à Rio en juin 1992, que la précaution connut une consécration universelle (6). La Conférence de Rio vit aboutir une Déclaration et deux instruments non contraignants qui reconnaissent ces mesures (7). Ainsi, la Déclaration du 13 juin 1992 sur l’environnement et le développement proclame en son principe 15 que :

‘‘Pour protéger l’environnement, des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leur capacité. En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement’’.

 

La Convention sur la diversité biologique du 5 juin 1992 intègre le principe dans son préambule au neuvième alinéa et précise que :

‘‘Lorsqu’il existe une menace de réduction sensible ou de perte de la diversité biologique, l’absence de certitudes scientifiques totales ne doit pas être invoquée comme une raison pour différer les mesures qui permettraient d’en éviter le danger ou d’en atténuer les effets’’.

On retrouve la même idée, avec des formulations un peu différentes dans la Convention-cadre sur les changements climatiques qui énonce, dans son article 3 paragraphe 3 :

‘‘(Il) Incombe aux Parties de prendre des mesures de précaution pour prévoir, prévenir ou atténuer les causes des changements climatiques et en limiter les effets néfastes. Quand il y a risque de perturbations graves ou irréversibles, l’absence de certitudes scientifiques absolue ne doit pas servir de prétexte pour différer l’adoption de telles mesures…’’.

 

Si la Convention sur la diversité biologique reprend la formulation classique du principe de précaution, la Convention-cadre  sur les changements climatiques est intéressante en ce qu’elle situe bien les ‘‘mesures de précaution’’ comme des moyens au service d’une fin qui est de ‘‘prévoir, prévenir ou atténuer les causes des changements climatiques et en limiter les effets néfastes’’.  Le premier objectif traduit la volonté d’anticiper l’avenir en agissant sur les causes des changements climatiques. C’est une démarche en amont qui semble être hiérarchisée en fonction de l’urgence.

Le principe de précaution est désormais repris dans la plupart des conventions internationales à vocation universelle où régionales vouées d’une manière ou d’une autre à la protection de l’environnement.

 

Cependant, cette intégration du principe dans différents textes amène à réfléchir sur sa valeur actuelle. Car il est regrettable que ses sources internationales n’en précisent pas  pour autant sa nature juridique.

 

Section II : La consécration de la valeur juridique du principe de précaution

 Le principe de précaution a été invoqué devant différentes juridictions internationales. La plupart de ces juridictions se sont montrées jusqu’à présent fort réservées quant à une application directe et autonome de ce principe.

 

A deux reprises, la Cour Internationale de Justice, a été saisie d’une argumentation tirée du principe de précaution et, dans les deux cas, elle a refusé de statuer sur son fondement.

 

La première affaire est celle qui a été déclenchée par la reprise des essais nucléaires français en 1995.  La Nouvelle-Zélande a, en effet, attaqué la France à ce propos et,  s’appuyant sur une conception radicale du principe de précaution. Elle a sommé cette dernière de faire la preuve de l’innocuité totale de ces essais pour l’environnement.

La CIJ a éludé, pour des motifs de procédure, le grief développé par la Nouvelle- Zélande qui s’appuyait sur le principe de précaution (8).

 

De même, dans l’affaire du projet Gabcikovo- Nagymaros, qui opposa la Hongrie à la Slovaquie, au sujet d’un grand projet d’aménagement d’écluses sur le Danube. La Cour Internationale de Justice est à nouveau parvenue à éviter de se prononcer directement sur l’application du principe de précaution qui était invoqué à mots couverts par la Hongrie pour se libérer de ses engagements et arrêter les travaux (9).

 

Ainsi, la Cour Internationale de Justice ne précise donc ni le contenu ni la valeur juridique du principe de précaution. Les affaires Essais nucléaires et Gabcikovo-Nagymaros témoignent pourtant de son émergence dans les argumentaires des Etats pour la protection de l’environnement.

 

C’est dans l’affaire dite de « la viande aux hormones », l’Union européenne invoquait explicitement le principe de précaution pour justifier l’interdiction d’importation de viande bovine contenant des substances hormonales en provenance d’Amérique du Nord.

L’Organe d’appel bute sur le statut juridique du principe de précaution. Il souligne que ce principe fait actuellement l’objet de débats ;

‘‘Le statut du principe de précaution en droit international continue à être le sujet d’un débat entre les académiques, les praticiens, les réglementateurs et les juridictions. Le principe de précaution est perçu par certains comme s’étant métamorphosé dans un principe de droit général de nature coutumière de droit international de l’environnement. Il n’est pas clair qu’il s’agit là d’un principe de droit général ou d’un principe de droit coutumier …il n’est pas nécessaire, et probablement imprudent, pour l’Organe d’appel de prendre position dans le cas d’espèce sur cette question…’’ (10).

L’organe  admet qu’un Etat puisse prendre une mesure en cas de danger potentiel, mais prétend que ‘‘le principe de précaution ne fait l’objet d’aucune formulation faisant autorité et ne saurait donc être conçu comme un principe général auquel on peut se référer en cas de conflit’’ (11). Il se réfère d’ailleurs, pour conforter sa position, au fait que la Cour Internationale de Justice ne mentionne pas ce principe parmi les nouvelles normes du droit de l’environnement dans son arrêt dans l’affaire Gabcikovo-Nagymaros.

 

D’autres litiges ont donné l’occasion à l’Organe de règlement des différends de se prononcer sur la valeur juridique du principe de précaution. Mais sa position n’a pas changée.

 

Dans l’affaire des thons à nageoire bleue, portée en référé, devant le tribunal International du droit de la mer de Hambourg, l’Australie et la Nouvelle-Zélande invoquaient le principe de précaution pour demander au Tribunal l’octroi de mesures conservatoires destinées à empêcher le Japon de continuer à procéder à des pêches au-delà du quota qui lui a était attribué.

Amené à se prononcer sur l’adoption de mesures conservatoires, le Tribunal semble, néanmoins, vouloir inverser la tendance. Il a jugé qu’en raison de l’incertitude scientifique sur les risques qu’engendrait le programme japonais pour la survie de l’espèce de thon à nageoires bleue, ‘‘les Parties devraient … agir avec prudence et précaution et veiller à ce que des mesures de conservation efficaces soient prises dans le but d’empêcher que le stock du thon à nageoires bleue ne subisse des dommages graves’’(12).

Ainsi,  le tribunal fit, certes, droit à la requête en mesures conservatoires des deux demandeurs,  mais n’a pas appliqué comme tel le principe de précaution, il a plutôt suivi une approche de précaution.

 

La Commission du droit international a également fait état de son malaise à l’égard du principe de précaution, à travers son refus de l’entériner ouvertement dans son projet d’articles relatif à la responsabilité internationale pour les conséquences préjudiciables découlant d’activités qui ne sont pas interdites par le droit international. Alors qu’elle consacre un article entier (art. 4) au principe de coopération. Seul le commentaire de l’article 10, alinéa c, s’attarde sur le sens à accorder au principe de précaution (13),  décrit comme « une règle très générale de conduite prudente ».

 

Par cette absence d’application du principe de précaution par ces différentes juridictions, on ne peut par conséquent, guère retirer  une consécration, même indirecte, du caractère coutumier du principe de précaution. Ce qui entrave sans doute la consécration définitive du principe de précaution comme norme de droit international général tient à deux éléments. Le premier est l’absence de définition univoque de son contenu. Le second, par voie de conséquence, est la difficulté qu’il y a à cerner ses implications concrètes et ses répercussions économiques, à définir à vrai dire dans chaque cas considéré (14).

 

On pourra aussi reprocher à ce principe d’être trop ‘‘jeune’’ pour constituer une règle coutumière mais son omniprésence semble contrecarrer cet argument. La Cour Internationale de Justice a admis que le temps requis à la cristallisation d’une coutume n’est pas le même que par le passé (15). La pratique doit rassembler des précédents fréquemment répétés provenant d’une large majorité d’Etats et d’instances internationales. Elle doit  présenter un certain caractère d’uniformité ou, du moins, de similarité. Elle traduit, par l’accumulation des faits, une opinio juris. Dans le cadre du principe de précaution, c’est l’ensemble des Etats qui est intéressé par l’application de ce principe qui peut contribuer à améliorer l’environnement planétaire.

 

Les éléments recueillis vont dans le sens d'une reconnaissance par la communauté internationale et par les Etats du principe de précaution, même si certains d'entre eux sont encore réticents. Le débat doctrinal illustre également cette difficulté à mettre en œuvre le principe de précaution avec l'apparition d'une distinction entre principe de précaution et ‘‘approche’’ de précaution. Pour certains auteurs, certains textes relèvent davantage d'une ‘‘approche’’ de précaution qu'un principe de précaution. C'est  l’opinion de E. BROWN-Weiss (16) qui distingue les deux instruments juridiques qui sont le ‘‘principe’’ de précaution et ‘‘l'approche’’ de précaution : ‘‘ ‘le principe’ se référerait à la ‘ligne dure’ de la règle proposée pour la gestion des activités hautement polluantes. Les approches seraient relatives aux manières pratiques et aux jeux des mesures qui relèvent par nature de la précaution’’(17).

La doctrine définit le principe de précaution de la manière suivante : ‘‘afin d’assurer la protection et la préservation de l’environnement et de parvenir au développement durable, l’absence de certitude scientifique ne doit pas être utilisée comme une raison pour différer la prise de mesures destinées à assurer la qualité de l’environnement’’ (18).

L’application stricte de ce principe impliquait l’interdiction pure et simple de certaines pratiques et certains Etats n’étaient pas prêts à accepter cette interprétation contraignante. Ils ont ouvert le débat en introduisant l’idée ‘‘d’approche’’ de précaution, plus généralement acceptable parce qu’elle implique davantage de souplesse et admet la possibilité d’adapter la technique à l’impératif de durabilité (19).  Il est vrai que cette ‘‘approche’’ de précaution permettrait une application différenciée du principe en fonction des impératifs locaux qui ne sont pas forcément les mêmes. Le principe 15 de la Déclaration de Rio de Janeiro sur l’environnement et le développement, du 13 juin 1992 s’en écarte dans la mesure où il reconnait des différences dans les capacités locales d’application  ‘‘(…) des mesures de précaution doivent être largement appliquées par les Etats selon leurs capacités(…)’’.

L’approche de précaution semble donc être privilégiée par les Etats qui veulent  limiter la force obligatoire du principe de précaution.    

 

Mais on ne peut nier, que le principe de précaution tend vers un principe général du droit international avec l’idée de répétition  dans le temps, de la constance de sa présence dans les différents textes relatifs à la protection de l’environnement et de son acception comme une règle de droit international par de nombreux Etats qui l’intègrent dans leurs législations nationales (20).

 

Section III : La mise en œuvre du principe de précaution

Toute action fondée sur la violation du principe de précaution emprunterait les voies de la responsabilité pour faute afin d’aller plus loin dans les exigences qui pèsent sur tous ceux qui sont susceptibles d’exposer autrui à des risques mal maîtrisés (21).

Ainsi, c’est non seulement celui qui n’aura pas pris toutes les mesures de prévention du risque connu ou prévisible qui devrait être considéré comme fautif, mais également celui, qui en situation d’incertitude ou de doute, n’aura pas adopté une attitude de précaution pour se prémunir d’un risque encore incertain (22).

 

Cependant, il ne saurait exister de responsabilité sans dommage. La mise en jeu de la responsabilité suppose un dommage certain ou au moins potentiellement certain mais pas éventuel. Dans la mesure où l’homme dépend du bon fonctionnement des processus écologiques, les atteintes ne sont pas seulement actuelles, elles sont aussi futures. 

 

Les conditions de mise en œuvre du principe de précaution

Au regard des définitions retenues par les textes internationaux, trois critères de mise en jeu du principe sont identifiables :

- le degré de connaissance des effets de l’activité qui se réfère à la notion d’incertitude scientifique,

- puis, vient la question de la probabilité que ces effets nocifs se réalisent, abordant le risque, son évaluation et sa gestion,

- enfin, avec le seuil de gravité acceptable du dommage, on en vient à s’intéresser à son caractère grave et irréversible.

 

1 / L’absence de certitude scientifique

Pour mettre en œuvre le principe de précaution, les textes ne réclament-ils aucune certitude scientifique « totale » (23) ou « absolue » (24), « preuve(s) concluante(s) d’un rapport de causalité entre les apports et les effets » (25) ou existence pleinement démontrée d’un lien de causalité.

Dès lors, un minimum de doutes ou de soupçons doit exister quant à la nature ou l’existence du risque : le seul fait que des études existent en la matière prouve que des soupçons existent  cela suffit pour mettre en œuvre le principe de précaution (26). La mesure de précaution s’attache alors à un minimum de connaissances, c’est-à-dire à des bases scientifiques présentant une certaine consistance. La précaution est destinée à gérer le risque inconnu ou mal connu. Il s’agit donc de démonter qu’il soit scientifiquement probable que le risque existe.

 

Pour examiner le rapport entre la probabilité et l’importance du dommage, on a recours à la théorie des probabilités (27), selon laquelle un risque se compose de deux éléments : la probabilité d’un évènement et le dommage. Il faut considérer que plus le dommage est faible, plus la probabilité de sa survenance doit être élevée pour qu’il soit pris en considération et vice versa : la faible probabilité de survenance d’un évènement ne doit pas occulter l’importance des dommages qui pourraient survenir. Certains textes vont donc jusqu’à affirmer que plus les données sont incertaines, plus la prudence doit être grande.

Ensuite, souvent, le coût de l’intervention est apprécié pour mesurer s’il dépassera ou ne dépassera pas le coût des dommages qui pourraient être évités en effectuant une analyse coût-bénéfice.  L’intervention est conditionnée par la hauteur des dégâts occasionnés par la survenance du risque certain. Mais le choix d’intervenir ou de s’abstenir est fortement conditionné par la valeur accordée respectivement à la partie de l’environnement menacée et aux intérêts qui se trouveraient lésés si les mesures préventives venaient à être appliquées. Toute la difficulté tient ici au fait que le coût du préjudice socio-économique est chiffrable, à court terme, alors que le coût des dommages écologiques, et principalement qui sont causés aux res communis, et donc à long terme, ne l’est pas nécessairement.

 

D’où l’intérêt de la dimension nouvelle introduite par le principe de précaution : le facteur temps. L’hypothèse de la précaution va de pair avec une nouvelle prise en compte de la durée dans la causalité des activités humaines. Et la longue durée est largement affaire d’incertitude. Le principe de précaution gère donc les incertitudes scientifiques.

 

Juridiquement, lorsque l’on sait qu’une activité entraîne un risque de causer un dommage transfrontière. L’Etat sur le territoire ou sous le contrôle duquel elle est exploitée doit appliquer le principe de prévention, donc déployer l’ensemble des moyens nécessaires au regard des circonstances afin qu’un préjudice transfrontière ne se produise pas. L’utilisation de l’énergie nucléaire présente certes des risques de dommages écologiques parmi les plus graves, mais les dangers encourus sont connus. En revanche, lorsqu’une activité – en général nouvelle – est soupçonnée pouvoir causer des dommages transfrontières, mais que les connaissances scientifiques du moment ne permettent pas d’assurer, non pas l’occurrence du dommage, mais la réalité du risque, alors l’Etat d’origine se devrait d’appliquer le principe de précaution, c’est-à-dire, ne pas considérer les limites des connaissances scientifiques comme un prétexte pour ne pas anticiper un risque éventuel. En clair, ce n’est pas parce qu’aucun risque du caractère dangereux d’une activité n’est établi que l’Etat doit se comporter comme si cette activité n’était pas dangereuse, et ne pas adopter les mesures préventives qui s’imposent. L’exemple type est celui de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés. Contrairement au principe de prévention, le principe de précaution est destiné à appréhender juridiquement l’incertitude scientifique. Cette incertitude est la principale caractéristique du principe de précaution.

Le « principe » de précaution a vocation à s’appliquer dans l’hypothèse précise de l’absence de certitude scientifique. C’est dans ce seul cadre qu’il prend tout son sens (28).  De ce fait, il constitue « l’avatar le plus contemporain » (29) du principe de prévention, applicable à une situation particulière.

 

2 / Le risque de dommages

Pourtant, l’état d’incertitude a pour objet un risque de dommage. Le dommage est certes imaginable mais en même temps règne un certain nombre d’incertitudes. Ces risques ne sont alors pas de véritables risques au sens propre mais des incertitudes dans le sens où le risque ne peut être mesuré par manque de base scientifique de quelque sorte que ce soit. Le principe de précaution a alors pour domaine, l’incertitude et pour espace temps, le moyen et le long terme.

En tant qu’émanation du principe de prévention, le principe de précaution a en effet vocation à appréhender une large palette de risques de dommages. Il inclut donc les risques encore incertains encourus par l’environnement. Les risques, c’est-à-dire tous les risques, importants ou non, de dommages graves ou non, dès lors qu’ils franchissent le seuil du dommage lui-même, donc du préjudice « significatif ».

Il n’est dès lors pas surprenant de constater que les instruments internationaux qui mentionnent le principe de précaution ne limitent pas son champ d’application aux soupçons de dommages catastrophiques. Ainsi, dans l’une de ses premières formulations, en 1991, le principe de précaution est présenté de la manière suivante :

‘‘ Chaque Partie s’efforce d’adopter et de mettre en œuvre, pour faire face au problème de la pollution, des mesures de précaution qui comportent, entre autres, l’interdiction d’évacuer dans l’environnement des substances qui pourraient présenter des risques pour la santé de l’homme et pour l’environnement, sans attendre d’avoir la preuve scientifique de ces risques. Les Parties coopèrent en vue d’adopter les mesures appropriées de mise en œuvre du principe de la précaution pour faire face à la prévention de la pollution au moyen de méthodes de production propres, plutôt qu’en observant des limites d’émissions autorisées en fonction d’hypothèses relatives à la capacité d’assimilation’’ (30).

De manière similaire, la Convention d’Helsinki sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontières et des lacs internationaux, du 17 mars 1992, dispose que :

‘‘Lors de l’adoption des mesures visées aux paragraphes 1 et 2 du présent article, les Parties sont guidées par les principes suivants : a) le principe de précaution en vertu duquel elles ne différent pas la mise en œuvre de mesures destinées à éviter que le rejet de substances dangereuses puisse avoir un impact transfrontière au motif que la recherche scientifique n’a pas pleinement démontré l’existence d’un lien de causalité entre ces substances, d’une part, et un éventuel impact transfrontière, d’autre part’’.

 

Les touts premiers instruments internationaux qui firent référence au principe de précaution, font également apparaître l’éventail large de la gamme de dommages auquel ce dernier a vocation à s’appliquer. Il en va ainsi, notamment, de la Charte mondiale de la nature, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies, le 28 octobre 1982, selon laquelle :

‘‘Les activités pouvant avoir un impact sur la nature seront contrôlées et les meilleures techniques disponibles, susceptibles de diminuer l’importance des risques ou d’autres effets nuisibles sur la nature, seront employées’’ (31).

La charte ne vise pas les hypothèses d’activités pouvant avoir un impact catastrophique sur la nature, mais « pouvant avoir un impact » écologique, quelle qu’en soit l’ampleur. On retrouve la même caractéristique dans les mesures à adopter pour lutter contre la pollution de la mer du Nord, cadre dans lequel le principe de précaution connut une importante maturation.

Cette conception du principe conduit en effet à l’interdiction pure et simple de toute activité potentiellement préjudiciable pour l’environnement, tant que son innocuité n’a pas été établie. Selon cette conception, toute activité soupçonnée de pouvoir causer des dommages à l’environnement, sans que le risque puisse être établi scientifiquement, ne pourra être menée qu’une fois la preuve apportée que cette activité est en réalité sans danger.

L’influence sur le droit international de la responsabilité serait alors décisive, car elle signifierait l’introduction en droit international d’une présomption de fait illicite et l’inversion de la charge de la preuve du fait illicite, comme la Nouvelle-Zélande a tenté de le faire reconnaître dans l’affaire de la demande d’examen de la situation au titre du paragraphe 63 de l’arrêt rendu par la Cour le 20 décembre 1974 dans l’affaire des essais nucléaires (32). La Nouvelle-Zélande soutenait dans cette affaire que :

‘‘L’adoption, dans le droit de l’environnement, du principe de précaution avait pour effet d’imposer, à l’Etat désirant se comporter d’une manière susceptible d’avoir des effets dommageables pour l’environnement, la charge de prouver au préalable que ses activités ne provoqueraient pas de contamination’’ (33).

 

Le refus de la Cour de consacrer une telle conception du principe de précaution reflète également l’insuffisance de la pratique conventionnelle. Les auteurs favorables à une telle vision du principe de précaution citent en effet volontiers à son appui une disposition de la Convention pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est (Ospar), adoptée à Paris, le 22 septembre 1992 (34). Il s’agit de l’article 3, paragraphe 3, alinéa c, de l’annexe II de cet instrument qui organise, dans une hypothèse particulière, le renversement de la charge de la preuve. Les Parties contractantes doivent rendre compte à la Commission OSPAR des résultats scientifiques montrant que les activités envisagées n’entraîneraient pas les risques énumérés à l’article 2 § 2 (a).

 

Il n’est donc guère surprenant que les instruments récents adoptés aux fins de préservation de l’environnement imposent de manière quasi systématique de mener des études d’impact sur l’environnement (35). Introduire dans la législation interne l’obligation de mener des études d’impact sur l’environnement constitue une part importante de la mise en œuvre par les Etats du principe de précaution et du principe de prévention (36). La Convention d’Espoo, qui lui est consacrée, la considère ainsi comme «  une procédure nationale ayant pour objet d’évaluer l’impact probable d’une activité proposée sur l’environnement » (37).

 

Aussi, l’obligation de mener une étude d’impact sur l’environnement ne signifie pas en elle-même l’inversion de la charge de la preuve ? Cette importante question fut abordée dans l’affaire des essais nucléaires II.  Le fardeau de la preuve est donc renversé pour prouver l’innocuité de l’activité. Dès lors, tout l’apport d’un tel renversement, donne au principe de précaution sa pleine efficacité (38).

 

3 /  Le dommage grave ou irréversible

L’idée du risque de dommage grave et irréversible semble imposer une anticipation. Il s’agit de risques à venir, de la mise en péril de certains éléments, pour lesquels l’incertitude se conjugue avec la gravité potentielle du dommage. En outre, l’irréversibilité s’inscrivant dans le long terme, dans celui des générations futures, la prudence invite à rompre avec les logiques juridiques classiques (39).

Mais les notions de gravité et d’irréversibilité des risques de dommages ne rendent pas la tâche aisée, car il est difficile de mesurer ces deux données rapportées à des dommages potentiels et à la technicité des matières concernées. Le risque de dommage sera donc mesuré par les experts (40).  Le principe de précaution invite alors à se détacher d’une trop grande exigence de certitude face à des dommages graves et irréversibles.

 

La Convention sur le climat (41) et les Déclarations de Bergen et de Rio de 1992, n’admettent-elles le recours au principe pour que « prévenir un risque de dommages graves ou irréversibles ». Mais la gravité du dommage est tout à fait subjective, elle est perçue différemment en fonction du lieu, des personnes affectées et de l’époque.

 

L’idée d’irréversibilité vise le fait de « transformer la nature de la nature » (42). On pourrait alors penser que le risque d’un dommage irréversible s’appréhende plus facilement que le risque d’un dommage grave dans la mesure où l’irréversibilité paraît pouvoir être objectivée d’un point de vue scientifique (43). Mais la notion d’irréversibilité ne doit pas être confondue avec la notion d’irrémédiable car, dans ce cas, le dommage irréversible est le dommage qui est irréparable ou définitif, on s’attache au résultat et non au processus. Le fait qu’un dommage soit irréparable est indépendant de la durée au bout de laquelle cette irréversibilité surviendra. L’idée d’irréversibilité est liée au « développement durable » (44) dans la mesure où la prise en compte de l’irréversibilité permet d’empêcher la destruction irréparable des ressources naturelles afin que celles-ci soient transmises aux générations futures.

Si l’irréversibilité peut être envisagée comme une des expressions de la gravité particulière d’un dommage, un dommage grave n’est pas forcément irréversible.

Néanmoins, on ne peut nier qu’à la différence du principe de prévention, le principe de précaution n’intègre pas le risque écologique dans un raisonnement ascendant. Il peut au contraire être considéré comme descendant au moins tel qu’il est issu d’une partie des instruments qui y font références. En effet, les préjudices les plus graves ne sont pas toujours visés par le principe de précaution sur le fondement d’un raisonnement a fortiori, mais parfois de manière prioritaire. Cela ressort nettement du Principe 15 de la Déclaration de Rio de Janeiro selon lequel :

‘‘ En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement’’.

Il n’est pas certain que l’expression « dommages graves ou irréversibles » reflète les dommages catastrophiques, mais il pourrait aussi bien en être ainsi.

 

En cas de risque de dommage non encore soutenu par de solides preuves scientifiques, c’est avant tout aux risques soupçonnés de dommages les plus graves qu’il convient de s’attacher. C’est dans cette hypothèse en particulier qu’il importe de prendre des mesures alors même qu’aucune certitude ne vient étayer le risque. Qu’il s’agisse de l’utilisation des organismes génétiquement modifiés, de l’élaboration de nouvelles substances chimiques ou de l’exploitation de ressources halieutiques, c’est le risque de dommage de grande ampleur qui justifie avant tout le recours à des mesures préventives en cas d’incertitude scientifique. C’est d’ailleurs sur ce fondement que le Tribunal international du droit de la mer marqua un pas dans le recours au principe de précaution par une juridiction internationale. C’est le risque de voir disparaître le thon à nageoire bleue, bien qu’aucune certitude scientifique ne puisse le confirmer, qui fonda l’ordonnance dans laquelle il demanda au Japon de ne pas mettre en application son projet de pêche expérimentale (45).

 

Rappelons que la gravité du dommage encouru ne suffit pourtant pas à convaincre la Cour internationale de Justice d’accorder pleine valeur juridique au principe de précaution. Dans l’affaire du Projet Gabcikovo-Nagymaros, elle déclare ainsi que :

‘‘Le péril allégué par la Hongrie s’inscrivait dans le long terme et demeurait incertain. Comme le reconnaît elle-même la Hongrie, les dommages qu’elle appréhendait devaient résulter avant tout de processus naturels relativement lents dont les effets ne pouvaient être aisément évalués. (…). Si ‘ grave’ qu’il eût pu être, le péril allégué pouvait difficilement, au vu de ce qui précède, être tenu pour suffisamment certain et, dès lors, ‘imminent’ en 1989’’ (46).

 

Dès lors, que faire en effet dans le cas où une activité soupçonnée de causer des « dommages graves ou irréversibles » se révèlerait, une fois la science ayant avancé, relativement bénigne ? Les opérateurs impliqués qui auraient subi les contraintes imposées au nom du principe de précaution pourraient-ils agir contre l’Etat ? Cela n’aurait pas de sens, car c’est justement l’incertitude du risque qui fonde la mise en œuvre du principe de précaution.

 

Conclusion

Ainsi actualisée et enrichie (47), la responsabilité modifie les rapports qu’entretiennent les hommes avec la société. Il s’agit de qualifier le comportement que doit adopter aujourd’hui un sujet de droit : « un comportement de précaution » qui réoriente la responsabilité vers l’avenir car commet une faute celui qui méprise un risque potentiel. De plus, le devoir de prudence oblige la personne à adopter une certaine conduite pour mieux éviter une catégorie nouvelle de dommage : un dommage collectif ou en série (48), grave, irréversible. Par ailleurs, la « faute de précaution » (49) aménage la notion même de faute en ce qu’elle relie les générations actuelles avec les générations futures. Toutefois, l’émergence d’un tel comportement nécessite l’implication des Etats et la réception dans leur ordre interne du principe de précaution. Le choix des termes employés dans les traités confirme le souci de laisser une marge de manœuvre importante aux organes qui sont appelés à mettre en œuvre le principe.

 

(1) Convention de Londres sur la prévention, la lutte et la coopération en matière de pollution par les hydrocarbures, 30 novembre 1990 ; Convention de Paris sur la protection de l’environnement marin du Nord-Est Atlantique (OSPAR), du 22 septembre 1992 ; Convention d’Helsinki sur la protection et l’utilisation des cours d’eau transfrontières et des lacs internationaux du 17 mars 1992 ; Convention d’Helsinki pour la protection du milieu marin pour la zone de la mer Baltique du 2 avril 1992 ; Convention de Rotterdam sur la protection du Rhin du 22 janvier 1998 ; Protocole relatif à la protection de la mer Méditerranée contre la pollution d’origine tellurique suite à son amendement du 10 juin 1995 à Barcelone.

 

(2) Déclaration de la Conférence de Bergen du 16 mai 1990 sur le développement durable, § 7 ‘‘lorsqu’il existe une menace de dommage grave ou irréversible, l’absence de certitude complète  au plan scientifique ne devrait pas être utilisée pour reporter à plus tard les mesures de prévention de la dégradation de l’environnement’’.

 

(3) Quinzième session du Conseil de l’UNEP.

 

(4) V. aussi la Convention de Bamako du 30 janvier 1991 sur les déchets dangereux et le contrôle de leurs mouvements transfrontières (art. 4  al. 3 f).

 

(5) Déclaration des ministres de l’environnement de l’OCDE : ‘‘l’absence de véritables certitudes scientifiques ne servira pas de prétexte pour ajourner des mesures visant à prévenir une dégradation de l’environnement’’.

 

(6) Sur les développements du principe de précaution en droit international, V. de  SADELEER (N.),  ‘‘Les principes du pollueur-payeur, de prévention et de précaution. Essai sur la genèse et la portée juridique de quelques principes du droit de l'environnement’’, op. cit., pp. 138-142 ; FREESTONE D. et HEY E., ‘‘Origins and Development of Precautionary Principle’’ in FREESTONE D. et HEY E., Precautionary Principle and International Law, the Challenge of Implementation, Kluwer Law International, The Hague /Boston, 1996, pp. 3 s. ; KISS (A.), ‘‘Chronique de droit international’’, RJE, 1996/1-2, pp. 83 s.

 

(7) Le principe est également reconnu dans l’agenda 21, 16 juin 1992, UN Doc. A/ Conf. 151/26, vol. III (1992).

 

(8) CIJ, ordonnance, 22 septembre 1995, Affaire des essais nucléaires, Rec. 1995, p. 298 § 34. Cependant l’opinion dissidente du juge WEERAMANTRY, souligne que ‘‘lorsqu'une Partie allègue devant la Cour d'éventuels dommages, de caractère irréversible, qu’une autre Partie est en train de causer ou menace de causer à l'environnement, il peut être difficile au demandeur de produire des moyens de preuve ou de réfutation, vu que la plupart des informations nécessaires sont probablement détenues par la Partie qui cause ou menace de causer des dommages. Ce n'est que si un principe juridique est élaboré pour résoudre cette difficulté en matière de preuve que le droit peut remplir sa fonction de protection de l'environnement. C'est ainsi qu'a été conçu, dans le cadre du droit de l'environnement, ce que l'on appelle désormais le ‘‘principe de précaution’’ qui recueille une adhésion croissante en tant que composante du droit international l'environnement’’, CIJ, Rec. 1995, p. 342.

 

(9) ‘‘ Le péril allégué par la Hongrie s'inscrivait dans le long terme et - élément plus important - demeurer incertain. Comme le reconnaît elle-même la Hongrie, les dommages qu'elle appréhendait devaient résulter avant tout de processus naturels relativement lents dont  les effets ne pouvaient aisément être évalués (…). Si grave qu'il pût être, le péril allégué pouvait difficilement, au vu de ce qui précède, être tenu pour suffisamment certains et dès lors, imminent en 1989’’, CIJ, 25 septembre 1997, Hongrie c/ Slovaquie, Rec. 1997, § 56.

 

(10) Mesures C.E. relatives à l’hormone dans la viande, Plainte des Etats-Unis, OMC WT/DS 26/R/USA du 18 août 1997 ; Mesures C.E. relatives à l’hormone dans la viande, Plainte du Canada, OMC WT/DS 48/R/CAN du 18 août 1997.

 

(11) La Communauté européenne soutient que le principe de précaution est une règle coutumière générale de droit international, les États-Unis qu’il est une simple approche de précaution et le Canada qu'il n'est pour l'instant qu'un principe de droit naissant.

 

(12) Tribunal du droit de la mer, Ordonnance du 27 août 1999, Affaire du thon à nageoires bleues, WECKEL (P.), (dir.), ‘‘Chronique de jurisprudence internationale’’, RGDIP, 2000, n° 2, p. 523-524. V. de SADELEER (N.), ‘‘Les principes du pollueur payeur, prévention et de précaution, Essai sur la genèse et la portée juridique de quelques principes du droit de l'environnement’’, op. cit., p. 145 ; BOSSIS (G.), ‘‘Le principe de précaution au niveau international et communautaire’’, Droit de l'environnement, juillet-août 2001, n° 90, p. 117 ; DUPUY (P.M.), ‘‘Le principe de précaution, règle émergente du droit international général’’, op. cit., p.110.

 

(13) V. Rapport de la Commission du droit international sur les travaux de sa cinquante-troisième session, 2001, A/56/10, p. 446-448.

 

(14) DUPUY (P.M.), ‘‘Le principe de précaution, règle émergente du droit international général’’, op. cit., p.110.

 

(15) ‘‘(…) le fait qu’il ne soit écoulé qu’un bref laps de temps ne constitue pas nécessairement en soi un empêchement à la formation d’une règle nouvelle de  droit international coutumier (…)’’, CIJ, 20 février 1969, Affaires du plateau continental de la mer du Nord, Rec., 1969, p. 43, § 74.

 

(16) BROWN-WEISS (E.), Introductory International Legal Material, 1992, p.816.

 

(17) GARCIA (S.M.), The precautionary Principle : its implicatons in Capture Fisheries Management, Ocean and Coastal Managment, Vol. 22,1994, p.106, cité dans LABROT V., op. cit., p. 175.

 

(18) HEY (E.), op. cit., p. 304.

 

(19) A∕CONF. 164/INF/8, p. 7 §21, document F.A.O. produit lors de la conférence des Nations-Unies sur les stocks chevauchants et les stocks poissons grands migrateurs (1993 – 1995) et portant sur l’application de la précaution au domaine de la pêche.

 

(20) Article 3 de la loi n° 03-10 du 19 juillet 2003 relative à la protection de l’environnement dans le cadre du développement durable.

 

(21) MARTIN G.J., ‘‘Précaution et évolution du droit’’, op. cit., p. 304.

 

(22) GUEGAN (A.), ‘‘L’apport du principe de précaution au droit de la responsabilité civile’’, RJE, 2000-2, p.157. La précaution dans le droit de la responsabilité constitue une technique juridique employée pour vérifier s'il était possible à ‘‘un individu d’éviter un risque identifié, certain et non simplement soupçonné’’, le débiteur voit sa responsabilité pour faute (d’abstention) engagée lorsque des mesures de précaution auraient pu être prise pour éviter la survenance du dommage. Civ. 2ème, 17 juillet 1991, D. 1991, IR, p. 237. Paris, 1er juillet 1992, D. 1993, IR, p. 28. JACOTOT (D.), ‘‘ Le principe de précaution et le renforcement de l'action en responsabilité pour faute’’, op. cit.,  p. 94.

 

(23) al. 10 du préambule de la Convention sur la diversité biologique, 1992, op. cit.

 

(24) Principe 15 de la Déclaration de Rio sur l'environnement et le développement, 13 juin 1992, op. cit.

 

(25) Définition du principe de précaution donnée par la Convention de Paris pour la protection de l'Atlantique du Nord-Est, op. cit.

 

(26) GIRAUD (G.), ‘‘ Le droit et le principe de précaution’’, RJE, 1997-1, p. 29.

 

(27) De SADELEER (N.), ‘‘Les principes du pollueur-payeur, de prévention et de précaution. Essai sur la genèse et la portée juridique de quelques principes du droit de l'environnement’’, op. cit., p. 122.

 

(28) V. BOSSIS (G.), ‘‘ L'affirmation de la primauté du principe de précaution sur l'avis des experts’’, Droit de l'environnement, octobre 2002, p. 250-254.

 

(29) DUPUY (P.M.), ‘‘Où en est le droit international de l'environnement à la fin du siècle ?’’, R.G.D.I.P., 1997, p. 889.

 

(30) Convention de Bamako sur l'interdiction d'importer en Afrique des déchets dangereux et sur le contrôle des mouvements transfrontières et la gestion des déchets dangereux produits en Afrique, du 30 janvier 199, art. 4, par.3, al. f).

 

(31) Section II, par. 11.

 

(32) C.I.J., ordonnance du 22 septembre 1995, Rec. 1995, not. pp. 290-291.

 

(33) Id., p. 298, par. 34.

 

(34) La Convention OSPAR remplace la Convention sur la prévention de la pollution marine due aux opérations d'immersion par les navires et aéronefs, adoptée à Oslo, le 15 février 1972 et la Convention sur la prévention de la pollution marine d’origine tellurique, adoptée à Paris,  le 4 juin 1974.

 

(35) Parmi de nombreux exemples, v. la Déclaration de Rio de Janeiro, Principe 17 ; la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer du 10 décembre 1982, art. 205 et 206 ; la Convention sur la diversité biologique, du 22 mai 1992, art.14, par 1, al. a) et b) ; la Convention sur les effets transfrontière des accidents industriels, adoptée à Helsinki, le 17 mars 1992, art. 4. L'obligation de mener des études d'impact sur l'environnement est également régulièrement évoquée dans les instruments régionaux. V. La Convention régionale de Koweït pour la coopération en vue de la protection du milieu marin contre la pollution, art. XI ; la Convention sur la protection des ressources naturelles et de l'environnement du Pacifique Sud, adoptée à Nouméa, le 25 novembre 1986, art. 3; la Convention sur la réglementation des activités relatives aux ressources minérales de l'Antarctique, adoptée à Wellington, le 2 juin 1988, art. 4.

 

(36) C'est bien sous cet angle double que la C.D.I. perçoit l'obligation de mener des études d'impact sur l'environnement lorsqu'elle souligne que ces dernières ‘‘associent le principe de précaution avec le principe de la prévention des dommages causés à l'environnement et elles permettent la participation du public’’, id, p. 435, par. 4.

 

(37) V. la Convention sur l'évaluation d'impact sur l'environnement dans un contexte  transfrontière, du 25 février 1991, art. 1er, al. vi).

 

(38) BIDOU (P.M.), ‘‘Le principe de précaution en droit international de l’environnement’’, R.G.D.I.P., 1999-3, p. 640.

 

(39) REMOND-GOUILLOUD M., ‘‘L’irréversibilité : de l’optimisme dans l’environnement’’, RJE, n° spécial ‘‘Irréversibilité’’, 1998, p. 9 ; REMOND GOUILLOUD M., ‘‘A la recherche du futur. La prise en compte du long terme par le droit de l’environnement’’, RJE, 1992-1, p. 5.

 

(40) On retrouve le lien avec l’expertise dont on a pu dire qu’elle était la ‘‘clé de voûte du principe’’, KOURILISKY P. et VINEY G., ‘‘Le principe de précaution’’, op. cit., p. 185.

 

(41) Convention cadre sur les changements climatiques, adoptée à New York, 9 mai 1992.

 

(42) EWALD (F.), ‘‘Philosophie de la précaution’’, op. cit., p. 396.

 

(43) De SADELEER (N.), ‘‘Les principes du pollueur-payeur, de prévention et de précaution. Essai sur la genèse et la portée juridique de quelques principes du droit de l'environnement’’, op. cit., p. 182-184.

 

(44) REMOND-GOUILLOUD (M.), ‘‘A la recherche du futur. La prise en compte du long terme par le droit de l’environnement ‘’, op. cit., p. 13.

 

(45) Ord. Du 27 août 1999 précitée note 149, pars. 79-80, et par. 90, 1,d).

 

(46) CIJ., arrêt, 25 septembre 1997, Rec. 1997, par. 56. pp. 43-44.

 

(47) Sur cette idée V. MARTIN G.J., ‘‘Principe de précaution et responsabilités. Les transformations de la régulation juridique’’, LGDJ, Paris, 1998.

 

(48)  THIBIERGE (C.), ‘‘Libre propos sur l'évolution du droit de la responsabilité’’, RTDCiv., 1999, p. 561; ENGEL (L.), ‘‘Vers une nouvelle approche de la responsabilité’’, Revue Risques, juin 1993, p. 5; RICOEUR (P.) ‘‘La responsabilité : essai d'une sémantique’’, Esprit, 1995, p. 8; EWALD (F.), ‘‘Philosophie de la précaution’’, L'année sociologique, 1996, vol.46, n° 2, p. 31.

 

(49) Une faute attachée au non respect du principe de précaution, JACOTOT D., ‘‘Le principe de précaution et le renforcement de l’action en responsabilité pour faute’’, op. cit., p. 94.

 

 

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